TEMOIGNAGES

Dans le cadre d’une installation liée au projet Collisions,  Sylvain Wavrant lance un appel aux témoignages et expériences liés aux accidents de la route entre des véhicules motorisés et la faune sauvage.

 Ce phénomène des « roadkill » est la première cause de mortalité de la faune sauvage. 

capsules vidéos-témoignages 

Vous avez déjà vu un animal accidenté, décédé sur le bord d’une route? 

Vous avez vous-même malheureusement percuté un animal ? 

Des ami.e.s /parents/connaissance, vous ont évoqué un accident ou une rencontre avec la faune sauvage? 

> Racontez votre expérience ! <

Lors d'un barbecue tardif, Aurélie et Camille, deux soeurs, nous proposent à mon amie Élise, et moi-même, de nous ramener en voiture sur Rouen.

Nous descendons la côte tout près du Théâtre de l'Almendra quand Camille pile et nous dit « Il y a un chat sur le bord de la route ! ». Aurélie et moi avons tout de suite le réflexe de sortir de la voiture pour voir si le chat est mort ou pas. Il était étalé sur la route et ne semblait pas bouger. Aurélie a le réflexe de le saisir dans ses bras et me dit qu'il respire encore. On décide de l'emmener avec nous et d'essayer de trouver une clinique vétérinaire pour le déposer.

On cherche, et on commence un peu à paniquer car Aurélie nous dit qu'elle sent de moins en moins sa respiration. Elle le serrait tout contre elle. Puis, on se rend compte toutes ensemble que le chat est mort. On n'arrive pas à savoir d'où vient sa blessure si ce n'est qu'au niveau de la gueule, on voit un peu de sang. D'ailleurs, Aurélie en a partout sur les bras. Elle tâte le ventre de l'animal et nous dit « c'est une femelle, en fait ». 

On cherche, on panique de plus en plus en se disant « que fait-on de ce corps ? » Élise a l'idée de faire appel à notre ami Sylvain, banco !

Il était tard, et on commence à sentir une odeur nauséabonde dans la voiture. Camille a commencé à paniquer sévèrement (c'était sa voiture), on est donc allé se garer place de l'Hôtel de Ville. On a cherché un endroit où « cacher » le cadavre de la chatte, on a finalement trouvé un buisson non loin du bar le 3P, pour que Sylvain puisse la récupérer le lendemain. 

J'ai aidé Aurélie à se nettoyer les bras, et on s'est dit au revoir. On avait toutes le coeur gros mais aussi la sensation d'avoir agi, fait quelque chose de bien pour cet animal.

Samedi 15 juin 2019, 23h30 retour de l’aéroport de Beauvais, l’arrivée à la maison est proche et finalement je n’irai pas saluer les collègues pour la dernière soirée de l’Armada, je suis fatigué et il faut que je récupère Laurette à sa dernière soirée du club de Basket.

Engagé sur la nationale 28, je sors vers Bihorel avec devant moi une voiture qui soudain chasse sur la droite pour éviter un obstacle…et quel obstacle !! Probablement un daim ou une biche assise sur la route et visiblement blessée. 

N’ayant pas totalement respecté la distance de sécurité avec le véhicule d’en face je me surprends à chasser aussi à droite pour éviter l’obstacle et ainsi sortir immédiatement vers la D43 (direction Bihorel / Saint Martin (49°28’11’’ N 1°08’00’’) tout en essayant de réaliser ce qui venait de se passer.

Impossible de faire marche arrière, je suis en sens unique et sur une sortie de voie rapide, je continue ma route essayant de trouver quoi faire. Je m’arrête donc 2 kilomètres plus loin au gymnase Coubertin de Bihorel pour récupérer Laurette qui m’attendait sagement.

Sur le parking du gymnase, les jambes toujours un peu flageolantes, je me résous finalement à appeler les pompiers espérant n’avoir pas trop tardé pensant évidemment à la pauvre bête blessée mais aussi aux potentiels accidents que cette dernière aurait pu générer.

Je réalise aussi que je suis le premier à les avoir prévenu, déduisant donc que les automobilistes me précédant n’en avait rien eu à faire de l’animal mais aussi de la sécurité des autres automobilistes roulant assez rapidement sur cette portion de voie rapide.

Expliquant précisément aux pompiers le lieu de la trouvaille, ils me rappelèrent tout de même 15 minutes plus tard pour se demander si je ne les avais pas fait déplacer pour rien ?

Me justifiant de nouveau, par téléphone de l’endroit, , ils réussirent finalement à trouver l’animal, je ne sais dans quel état…

On était une bande de joyeux moniteurs de colo. Cette nuit là ,on revenait de Binic( cotes d'Armor)où nous étions aller siroter quelques mousses laissant nos ouailles sous la garde de 2  collègues dévoués.

On roulait sur une sombre départementale ,dans un vieux J9 Renault brinquebalant et rempli de planches à voiles ,direction Lanloup ( côtes d'Armor encore),lieu de notre camp sioux.

Je me souviens d'un choc sourd et puissant  sur le pare brise de La camionnette.On n'a pas eu le temps d'avoir peur.

Gilles a pilé, mis Les warnings.Nous sommes tous descendus du véhicule.

À quelques mètres devant nous une forme blanche de grande taille gisait au sol, inerte.

Pas un lapin en tous cas ...cà ne vole pas...Un oiseau? Pas possible ... trop gros ...et Le choc trop fort.Erreur..

C'était un énorme hibou blanc , d'une taille impressionnante dont La tête pendouillait tristement comme un masque mort de comedia del Arte.

J'aime voir voler Les oiseaux ...les toucher c'est une autre affaire j'éprouve une certaine appréhension au contact des plumes.Alors,,c'est .Gilles qui  a pris précautionneusement le volatile dans ses bras .Nous l'avons examiné .Pas de sang.pas de trace de blessure ouverte.Mais Il était mort sur le coup sans aucun doute,  tout mou qu'il était.

nous étions totalement bouleversés.Les hiboux sont des créatures rares , énigmatiques et fascinantes.Nous étions coupables. On avait tué un mystère. On avait tué un prince de La nuit.

"On l'emmène à la colo,on va Le soigner" j'ai dit.

C'était absurde...Le soigner ? Comment?De quoi?on était nuls en oiseaux .Et en bons citadins ,nuls en animaux sauvages en général.

Gilles ,qui conduisait ,me l'a finalement confié .J'ai pris l'animal contre moi comme on porte un bébé fragile.

J'ai eu le temps de Le détailler dans toute son étrangeté ,sa bizarrerie d'oiseau de nuit.Il avait dû être somptueux...J'ai adoré ce moment..

Arrivés à la colo nous avons gagné  le réfectoire pour l'observer en détail et voir ce qu'on pouvait faire...

On l'a posé sur une table . Il était encore tout mort et tout dérisoire.Sans réfléchir, on a mis La lumière. La violence des néons blafards ,coutumiers des salles de cantoches a eu raison du K.O de l'animal.Il est brusquement revenu à la vie.Il a déployé ses ailes à toute force et Il a commencé  à voler puissamment dans la salle se cognant Contre les murs ,cherchant impérativement  la sortie.On en avait presque peur... 

Rien ne lui résisterait..c'était lui le patron!

On a ouvert à la hâte toutes les fenêtres on a éteint les lumières et Il a trouvé La sortie... direct .

Au moment où il a pris son envol j'aurais voulu être lui.

© 2020 Sylvain Wavrant